Bonus : vous aussi, rendez votre système instable avec l’AUR !

Lorsque vous utilisez pacman, vous téléchargez la liste des paquets disponible depuis trois localisations : les repositories core, extra et community. Comme leur nom l’indique, core contient les paquets système nécessaires au bon fonctionnement des machines, là ou extra apportera d’autres softs moins critiques, mais toujours bien utiles. Enfin, community n’est pas directement mis à jour par les développeurs d’Arch Linux, mais par des utilisateurs de confiance. Vous y retrouverez ainsi tous les logiciels pratiques, mais absolument pas liés à Linux — discord, par exemple. Or, si vous voulez quelque chose d’encore plus exotique... vous semblez dans la mouise. En effet, dans une distribution Linux, il est considéré comme extrêmement sale d’installer à la main des logiciels, c’est-à-dire sans passer par le gestionnaire de paquets. Les fichiers installés ainsi que les bibliothèques sur lesquelles dépend votre application ne seront en effet pas tracées, ce qui signifie qu’une mise à jour pourrait rendre votre système inopérant, sans compter l’enfer que représentera la désinstallation dudit logiciel.

 

Que faire, dans ce cas ? Le monde était bien organisé, il vous est possible de packager vous-même un logiciel, c’est-à-dire écrire un script permettant de construire le paquet, à installer par la suite à l’aide de pacman. L’opération est néanmoins non triviale pour les débutants, c’est ainsi que des scripts d’installation réalisés par la communauté - ce qui signifie « non validés par les développeurs Arch/Manjaro » se sont retrouvés sur une plateforme de partage nommé Arch User Repository, ou AUR.

 

Considérés comme non essentiels, les packages de l’AUR regorgent de pépites telles Hollywood, un utilitaire servant à faire mouliner votre PC avec des affichages dignes des meilleurs reportages de TF1 sur les meuporgs, ou encore eDEX-UI, un terminal fusionné avec des effets spéciaux de la trempe de Tron: Legacy.

 

yay: une surcouche de pacman

L’installation d’un paquet depuis l’AUR peut s’avérer, elle aussi, fastidieuse pour qui ne connais pas l’écosystème Arch : ainsi, pour la suite de ce tutoriel, nous utiliserons yay, une surcouche de pacman qui ira également chercher dans l’AUR le paquet requis.Ainsi, nous commençons par installer yay manuellement, puis nous oublierons tranquillement cette étape pour n’utiliser plus que yay pour interagir avec l’AUR. Pour télécharger le script permettant de créer nous-mêmes la dernière version de yay, tapez :

 

sudo pacman -S git fakeroot binutils
cd /tmp
git clone https://aur.archlinux.org/yay-bin.git
cd yay-bin
makepkg -si

 

Décomposons ensemble toutes ces commandes :

  • sudo pacman -S git fakeroot binutils : nous demandons gentiment à pacman d’installer git, un logiciel de gestion de version utilisé par tous les scripts de l’AUR, ainsi que fakeroot et binutils, deux utilitaires cruciaux à la construction des paquets.
  • cd /tmp : nous nous déplaçons dans /tmp, un endroit temporaire qui sera vidé au redémarrage, afin de ne pas laisser de traces inutiles sur le système.
  • git clone https://aur.archlinux.org/yay-bin.git : nous demandons à git, un utilitaire de gestion de version de code, de télécharger le script yay-bin situé dans l’AUR.
  • cd yay-bin : nous nous déplaçons dans le répertoire téléchargé à la ligne précédente
  • makepackage -si : nous demandons à Manjaro de construire le paquet, en téléchargeant au passage ses éventuelles dépendances, puis en l’installant. Attention, votre mot de passe pourra vous être demandé, éventuellement à plusieurs reprises !

 

Félicitation, yay est désormais opérationnel ! Tentez un

 

yay -Syu

 

Pour mettre à jour complètement votre système et s’assurer que tout est en ordre. Notez que les arguments donnés à yay sont identiques à ceux de pacman, excepté l’absence nécessaire de sudo. En effet, yay télécharge des fichiers depuis le net, puis les exécute : il est donc hors de question que cette opération soit effectuée — pour des raisons de sécurité — en tant que superutilisateur. yay vous demandera tout seul et uniquement au moment de l’installation des paquets (et non leur construction) votre mot de passe.

 

Si vous souhaitez un peu de couleur, vous pouvez éditer (en superutilisateur) le fichier /etc/pacman.conf et modifier la ligne « #Color » en « Color » afin d’obtenir des sorties un peu plus esthétiques.
 
La plupart des paquets de l’AUR peuvent compiler les applications depuis les sources, ce qui est souvent effectué en pratique. Cela signifie que les paquets à construire peuvent prendre un certain temps à s’installer : patience donc au moment de triturer l’AUR !
 
Un petit exemple, quand même ?

Parmi les paquets disponibles dans l’AUR, deux pourront vous être particulièrement utiles dans votre expérience de gamer :

  • OpenRGB (ici pour sa page AUR) : comme son nom l’indique, un gestionnaire tout-en-un pour les effets arc-en-ciel de votre matériel.
  • MangoHud (ici pour sa page AUR) : un remplaçant de FRAPS pour Linux, permettant d’afficher le nombre de FPS en jeu, ainsi que ses températures, ou encore l’utilisation mémoire RAM/VRAM.

 

Nous ne couvrirons (malheureusement) pas ici leur utilisation détaillée - elle fera probablement l’objet d’un auto comptotuto Linux - mais seulement leur installation, qui s’effectue via cette commande :

 

yay -S gcc pkg-config patch make
yay -S openrgb mangohud lib32-mangohud

 

Si vous avez bien suivi ce tutoriel, cela signifie que vous installez tout d’abord une longue liste de paquets (des dépendances de MangoHud et de openRGB, oubliées sur l’AUR), puis trois paquets correspondant aux deux logiciels en question (MangoHud étant en version 32 et 64 bits). yay vous demandera par la suite plusieurs choses :

  • Quel paquet réellement installer pour fournir les cibles openrgb, puis mangohud. Grosso modo, nous avons le choix entre les versions expérimentales (blabla-git) ou stable pour OpenRGB, et les versions utilisant diverses bibliothèques pour MangoHud. Nous restons dans les deux cas avec le choix par défaut (1), vous pourrez donc appuyer à répétition sur Entrée.
  • La même étape se répète avec mangohud-common, une dépendance de mangohud, également sur l’AUR. Ici aussi, le choix par défaut nous suffira amplement.
  • Si les make dependencies doivent être retirées après l’installation, c’est-à-dire si les paquets supplémentaires nécessaires à la compilation doivent être ensuite désinstallés. Par défaut, yay répondra par la négative, vous pouvez donc à nouveau frapper votre touche « Entrée »
  • yay vous demande ensuite votre mot de passe, et votre accord pour installer les dépendances. Suivez les instructions affichées, puis attendez que les multiples lignes de compilation défilent.
  • Selon le temps passé à compiler, yay peut encore vous demander votre mot de passe pour installer les paquets nouvellement créés. Rentrez-le une dernière fois, et c’est fini !

 

Un peu de mangue pour vos mesures ? [cliquer pour agrandir]Voilà ce que donne MangoHUD en jeu : un overlay bien pratique !

(ici, préréglage Nightmare, et RT maximal)



Les 23 ragots
Les ragots sont actuellement
ouverts à tous, c'est open bar !