Wine, Steam, Proton, DXVK, Lutris, à l’aide !

Comme bon nombre de projets libre, l’infrastructure permettant de jouer sous Linux est composée d’une myriade de sous-projets, tous répondants à des utilisations différentes, avec, parfois, des doubles usages. Voici donc un petit récapitulatif de kifékoi afin de voir les choses un peu plus clairement.

  • Wine : Une surcouche de compatibilité entre les binaires win32 et le noyau Linux. Wine, parfois appelé à tort WineHQ (du nom du site web du projet, Wine HeadQuarters), traduit les appels système Windows en leur équivalent Linux, par exemple pour accéder aux disques, aux manettes, etc. Pour tout ce qui est 3D, Wine utilise WineD3D, un composant traduisant le code DirectX, utilisable exclusivement sous un OS de la Raymonde, en OpenGL, un langage multiplateforme. Pour notre tutoriel, vous n’aurez pas besoin de lancer Wine seul — enfin, jusqu’à ce qu’un jeu récalcitrant vous oblige à changer quelques paramètres.
  • Proton : Une surcouche de Wine améliorant les performances et la prise en charge des jeux, développée par Valve, dont certains patchs viennent par la suite se retrouver dans Wine. Vous ne la lancerez, pour le coup, jamais seule !
  • DXVK : Un composant utilisé par défaut par Proton permettant de traduire le code DirectX (9, 10 et 11) en Vulkan pour un allègement de la charge CPU (par rapport aux anciens outils !), une meilleure prise en charge et de meilleures performances. Également, vous ne le lancerez jamais seul, bien que vous puissiez choisir de le désactiver dans les paramètres de Lutris — voir ci-après. Notez la présence d’un composant visant à réaliser exactement la même opération au sein de Wine, WineD3DVK, mais le projet est très loin d’être utilisable : oubliez-le pour le moment.
  • vkd3d : Composant utilisé par Proton pour réaliser exactement la même chose que DXVK, mais pour du code DirectX 12.
  • Steam : Le lanceur de jeux bien connu de Valve. Compatible de base avec Linux, il utilisera sa propre version de Proton (voire ses propres bibliothèques avec l’option « Steam Linux Runtime », différentes des celles installées sur votre machine), pour exécuter les jeux codés pour Windows uniquement.
  • Lutris : Un gestionnaire de configurations permettant d’installer et de configurer des titres en utilisant au choix Proton (avec ou sans DXVK), Wine natif, ou les quelques émulateurs supportés. Lutris ne fournit pas à proprement parler des jeux, mais des simples scripts d’installation, c’est-à-dire des fichiers textes expliquant où télécharger le jeu et comment configurer le lanceur pour l’exécuter. Si vous le souhaitez, vous pouvez vous aussi partager une méthode d’installation nouvelle, que vous écrivez alors vous-même. Lutris n’est en fait qu’un ensemble de commandes écrites par les utilisateurs permettant de faciliter l’installation et le paramétrage de Wine et Proton en utilisant les binaires originels des jeux (le contraire serait illégal).
  • PlayOnLinux : Un autre système d’installation et de lancement de jeu, sacrifiant les lanceurs tierces au profit d’une prise en charge encore plus poussée de Wine. Non couvert par ce tutoriel (par simple choix arbitraire !), vous pouvez vous y attaquer en autonomie si le cœur vous en dit.

 

 

Vous l’aurez peut-être remarqué, mais nous nous sommes bien gardés d’utiliser le terme d’émulation. En effet, celui-ci signifie qu’une couche de compatibilité est utilisée pour simuler le fonctionnement complet du hardware ciblé (par exemple, un processeur d’une vieille console de jeu). Ici, le projet wine — Wine Is Not an Emulator — ne fait que de la traduction entre les appels au noyau Windows et le noyau Linux, et c’est ce dernier qui s’occupe de traiter les requêtes, comme pour tous les autres programmes. À l’inverse, un émulateur (par exemple VirtualBox) fait tourner lui-même le vrai noyau Windows, nécessitant ainsi un cloisonnement plus fort : ainsi, il est difficile de partage un dossier entre une machine virtuelle et l’ordinateur hôte. Sous Wine, l’arborescence est naturellement accessible !

 

Steam

Maintenant que votre Linux est installé et fonctionnel, il vous faut désormais installer Steam. L’opération est, pour le coup, déconcertante de simplicité : lancez le Gestionnaire de Logiciels (il est épinglé dans la partie gauche du menu Démarrer, ou dans le menu Administration), recherchez « Steam » (s’il n’est pas déjà dans la page d’accueil) puis cliquez sur « Installer ». Une fenêtre vous informe des dépendances à installer pour le bon fonctionnement de Steam. Cliquez sur « Continuer », puis saisissez votre mot de passe : le lanceur de Valve s’installe. Notez que vous trouverez égale dans cette logithèque d’autres logiciels connus comme Skype, Dropbox ou Discord !

 

La bibliothèque de logiciels [cliquer pour agrandir]Steam, enfin ! [cliquer pour agrandir]

 

Vous pouvez quitter le Gestionnaire de logiciel alors et lancer Steam depuis le menu Démarrer (sous-menu « Jeux »). Le fonctionnement est strictement identique à la version pour Windows : rentrez vos identifiants, et hop ! Vous pouvez installer et jouer aux titres nativement compatibles, et ceux officiellement supportés par Proton. Pour débloquer les autres, il faut passer par les paramètres, onglet « Steam Play » et cocher la case « Enable Steam Play for all other titles » (en anglais, pour une raison étrange...). Redémarrez Steam et... c’est tout, toute votre bibliothèque est désormais installable !

 

Un steam très habituel [cliquer pour agrandir]

 
En cas de souci/Vulkan non compatible

Si, malgré tout, un titre présente des bugs graphiques ou ne se lance pas du tout (ou si votre carte ne supporte pas Vulkan), pas de panique : il est possible de désactiver DXVK — l’utilitaire traduisant DirectX en Vulkan — pour retomber sur l’outil intégré à WINE, WineD3D, qui traduit DirectX en OpenGL. Pour activer ce comportement, l’option est un peu cachée.

Pour chaque jeu, il faudra faire un clic droit, puis « Propriétés ». Dans la fenêtre qui suit, cliquez sur « Définir les options de lancement ».

 

Les propritétés [cliquer pour agrandir]

 

Il faut ensuite rentrer la commande PROTON_USE_WINED3D=1 %command%, puis sauvegarder et quitter la fenêtre « Propriétés ».

 

PROTON_USE_QUOI ? [cliquer pour agrandir]

Une commande pas vraiment très intuitive...

 

Et là, vous allez nous dire MER IL ET FOU « d’où cette option sort-elle ? ». Outre les notes de mise à jour et la documentation, dont la lecture est souvent longue et fastidieuse, un site recense les jeux compatibles et les paramètres de lancement pour une expérience optimale. En cas de problème, c’est par là qu’il faudra se tourner !

 

 

En cas de freeze complet, vous pouvez appuyer sur Ctrl+Alt+F2 pour passer à une autre session (retour à celle originelle pour admirer le déblocage avec Ctrl+Alt+F7). Il vous faut vous connecter avec le nom d’utilisateur root, puis le mot de passe créé au début de la phase de post-installation. Une fois devant une console (plein écran, toute noire), lancez startx pour exécuter une autre instance de l’interface graphique, d’où vous pouvez tuer le processus bloqué (attention, il faut aller dans le menu « trois barres » du Moniteur système, et sélectionner « Tous les processus »). Fermez la session, puis déconnectez-vous (impérativement, c’est une question de sécurité) avec la commande « exit », et revenez au bureau normal (Ctrl+Alt+F7).

 

Qui est le coupable ? [cliquer pour agrandir]

L’option magique, pour tout voir !

 

Et pour d’autres lanceurs ?

Tout cela est joli, mais ne permet pas de lancer des titres autres que ceux sur Steam (en tout cas, pas simplement). Pour cela, il faudra s’orienter vers un autre projet open source, cette fois-ci maintenu uniquement par sa communauté : Lutris.

 

 

Pour l’installer, il faut passer par... la ligne de commande, encore. Lancez donc votre terminal chéri, et tapez :

sudo add-apt-repository ppa:lutris-team/lutris
sudo apt update
sudo apt install lutris wine32 wine-development

 

Nouvelle séance de décomposition :

  • sudo : déja vu, commande magique permettant de se mettre en super utilisateur
  • add-apt-repository : apt, le gestionnaire de paquets, tire sa liste des paquets disponibles de dépôts, ou repositories en anglais. Ici, nous souhaitons en ajouter un, celui officiel de Lutris. Attention, n’installez pas n’importe quel dépôt, cela peut mener à un système instable, voire à des virus ! Notez que cette commande nécessite d’appuyer sur Entrée pour valider l’ajout du dépôts, pas mesure de sécurité.
  • ppa : lutris-team/lutris : le nom du dépôt.
  • apt update : rafraîchit la liste des paquets. Logique, vous venez de rajouter une source !
  • apt install lutris wine32 wine-development : installation de Lutris et des dépendances. Bien que Lutris vienne avec sa propre version de Wine, il est plus que conseillé d’installer sur le système une version globale afin d’être sûr que toutes les bibliothèques nécessaires soient bien présentes.

 

APT vous demande alors de valider l’installation de multiples dépendances :

Après cette opération, 468 Mo d’espace disque supplémentaire seront utilisés.
Souhaitez-vous continuer ? [O/n]

 

Validez en tapant « o » puis Entrée, ou tout simplement Entrée, « o » étant l’option par défaut, indiqué par sa majuscule dans le choix "[O/n]".

 

Après chaque commande, le terminal vous gratifiera de messages attestant de leur bonne ou mauvaise exécution, appelé log(s). Il est donc tout à fait normal de se faire assommer de texte après avoir appuyé sur la touche « Entrée ».

 

Vous pouvez ensuite lancer Lutris depuis le menu démarrer. Pour ce qui est des mises à jour, rassurez-vous, ces dernières arriveront directement via le gestionnaire dédié (l'application graphique, c’est-à-dire pas via le terminal).

Lutris vous accueille avec une fenêtre incitant au don, vous pouvez sans soucis cocher la case « Do not display this message again » (ne plus montrer ce message) et valider. Vous arrivez alors sur le lanceur :

 

Lutris : votre futur deuxième meilleur ami [cliquer pour agrandir]

 

Pour installer un jeu, il suffit de le rechercher son titre à l’aide du bouton recherche situé en haut à droite, puis de cliquer sur le bouton « Search Lutris.net » (par défaut, Lutris cherche dans vos jeux installés). Sélectionnez votre jeu, et cliquez sur « Install ».

Également, il est possible de passer par le navigateur et de chercher dans la base de données des jeux disponibles, par exemple League of Legends ; il suffit alors de cliquer sur « Install » et accepter la fenêtre proposant de lancer le lien lutris:nom-du-jeu avec Lutris. Notez que vous avez parfois le choix entre différentes versions du jeu (Steam, Origin, Gog, ...), qui peuvent plus ou moins bien fonctionner selon votre matériel.

 

League of Legend : installation web [cliquer pour agrandir]Dead Space : installation depuis le client [cliquer pour agrandir]

Version web versus version client

 

Laissez-vous ensuite bercer par les divers menus d’installation : le lanceur doit s’installer, Wine peut requérir de nouvelle(s) dépendance(s) qu’il faudra valider ; pas de panique, tout est normal, et les multiples étapes de clics et de texte défilant à toute vitesse n’ont pour but que de vous informer sur ce qui se passe.

 

Pour les titres UPlay, Origin et autres lanceurs, il faudra le plus souvent installer une version dudit lanceur par jeu, puis installer manuellement le jeu depuis le lanceur. En effet, pour éviter les soucis de compatibilité liés à des paramètres fournis par Wine, Lutris installe les jeux dans des dossiers cloisonnés et initialise pour chaque titre une nouvelle configuration. Il faut donc réinstaller le lanceur, puis installer le titre souhaité... Dans la pratique, l’impact est marginal sur l’utilisation du disque, facilite grandement les désinstallations (pas de fichiers à nettoyer ailleurs que dans le dossier d’installation !), et ne pose aucun souci aux lancements. Tout bénef' !

 

En cas de souci, les lanceurs (runners en anglais, c'est-à-dire Proton et Wine principalement) sont configurables via clic droit, puis l’option « Configure ». Nous vous laissons le soin de découvrir quelle option fera fonctionner quel jeu sur votre configuration — un travail d’expérimentation qui dépasse la portée de ce tutoriel — sachant que les fameux scripts utilisateurs d’installation devraient, de base, proposer un ensemble d’options de lancement fonctionnel. À vos claviers !

 

Oui ! Tout plein de configurations ! [cliquer pour agrandir]

À vous de bidouiller si vous voulez une expérience plus qu’optimale !

 

Certains titres nécessiteront des dépendances supplémentaires, mentionnées à l’installation du jeu. Par exemple, la description de The Witcher 2 fait mention de « sudo apt install libc6:i386 libasound2:i386 libasound2-data:i386 libasound2-plugins:i386 libgtk2.0-0:i386 libsdl2-2.0-0:i386 libsdl2-image-2.0-0:i386 libfreetype6:i386 libcurl3:i386 », une commande à lancer pour installer tous les paquets nécessaires au bon fonctionnement du jeu. Vous n’avez pas d’inquiétude à avoir tant que les commandes commencent par « sudo apt install », qui ne feront que rajouter des logiciels ou des bibliothèques depuis les sources (normalement sécurisées) de Mint et d’Ubuntu.


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