Micron justifie l’arrêt de Crucial et assume le virage IA |
————— 13 Janvier 2026 à 15h27 —— 461 vues
Micron justifie l’arrêt de Crucial et assume le virage IA |
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Début décembre, dans un contexte que vous connaissez bien, Micron décidait de mettre un coup d’arrêt à sa gamme grand public Crucial. Une résolution prise avant l’heure, qui n’a pas manqué de faire jaser, comme en témoignent vos nombreux ragots. Christopher Moore, vice-président marketing de l’unité Mobile et Client de Micron, s’est entretenu avec notre confrère Muhammad Zuhair de WCCFtech. L’interview revient sur cet épisode et, plus largement, sur les mutations à l’œuvre dans l’industrie de la mémoire.

Sur le cas Crucial, sans surprise, la réponse est consensuelle et diplomatique. Interrogé sur le ressentiment de certains utilisateurs, qui accusent Micron de privilégier ses clients industriels au détriment des consommateurs, Christopher Moore conteste cette vision. Il considère que l’entreprise est toujours présente auprès du grand public, mais qu'elle l'est désormais uniquement à un échelon supérieur :
Tout d’abord, je voudrais aider tout le monde à comprendre que la perception n’est peut-être pas tout à fait exacte, du moins de notre point de vue. Je ne dirai jamais à quelqu’un quoi penser ni qu’il a tort [les platistes ont tort ; ceux qui prétendent que la BX n'est pas la meilleure voiture jamais conçue aussi ; ndlr], mais notre vision est que nous essayons d’aider les consommateurs du monde entier. Nous le faisons simplement par des canaux différents. Nous conservons une activité très importante sur les marchés client et mobile. Et bien sûr, nous servons également nos clients des centres de données. Ce qui se passe actuellement, c’est que le marché adressable total (TAM) des centres de données connaît une croissance absolument phénoménale. Et, en tant qu’entreprise, nous voulons nous assurer de contribuer à satisfaire ce TAM.
Autrement dit, Micron continue d’alimenter le grand public, mais via son canal OEM. Comme le rappelle Muhammad Zuhair, l’entreprise fournit par exemple des modules LPDDR5 à des intégrateurs comme Dell ou ASUS, qui les incorporent ensuite dans leurs produits. Pour ajouter notre grain de sel à cette controverse, contentons-nous de rappeler la définition d’une entreprise à but lucratif, comme l’est Micron Technology : « Une structure dont l’objectif principal est la réalisation de bénéfices ». Réalisation étant, le plus souvent, un euphémisme pour maximisation. Dans tous les cas, éthique, générosité ou commisération ne font nullement partie de l’équation.
Concernant cette histoire de TAM, Christopher Moore quantifie : « [...] la part du marché entreprise ou data center est passée de 30-35 %, puis 40 %, et désormais 50 %, voire 60 % du marché global, avec des besoins en bits bien supérieurs à ce que nous connaissions auparavant. Et l’ensemble de l’industrie est en pénurie […] ».
Face à cette explosion de la demande, et au-delà de l’augmentation des capacités de production de DRAM, qui s’inscrit nécessairement dans le temps long, Micron pointe un autre écueil : l’hétérogénéité des densités de modules mémoire exigées par les clients. Cette diversité impose de fréquentes reconfigurations des lignes de production, avec, à la clé, une baisse mécanique des rendements. Jusqu’alors, les fournisseurs s’adaptaient, mais la logique s’est inversée : ce sont désormais eux qui cherchent à imposer un standard.
Imaginez une usine avec différentes machines produisant un type de silicium, puis la nécessité d’arrêter ces machines pour en produire un autre. Le rendement baisse forcément. Ce n’est évidemment pas aussi simple, mais c’est la meilleure façon de l’expliquer. Aujourd’hui, nous essayons de produire le moins de types de silicium possible, avec le moins de références différenciées possible, afin de maximiser la production. Et nous travaillons avec nos clients. Nous leur expliquons que passer de 12 à 16 Go, ou de 16 à 24 Go, fait chuter notre rendement. Nous collaborons donc pour stabiliser la demande, afin de stabiliser l’offre et maximiser la production.
Muhammad Zuhair souligne d’ailleurs que plusieurs rapports récents stipulent que les fabricants de PC portables et de smartphones cherchent désormais à réduire le nombre de configurations mémoire proposées.
Enfin, s’agissant de l’augmentation des capacités via des plans d’expansion, celles-ci sont bien à l’ordre du jour. Néanmoins, leurs effets ne se feront pas sentir de manière tangible avant 2028, selon Christopher Moore. Un délai qu’il justifie par la durée incompressible des chantiers, des phases de qualification et des certifications clients :
Pour augmenter significativement le nombre de bits produits, nous avons besoin de davantage d’espaces en salles blanches, et cela prend beaucoup de temps. Nous avons lancé la construction de notre site ID1 dans l’Idaho il y a trois ans, et il entrera en service à la mi-2027. Initialement prévu pour fin 2027, nous l’avons avancé à mi-2027. Mais vous ne verrez pas de production réellement significative avant que toutes les qualifications soient terminées, que les clients aient validé les lignes et que tous les équipements soient opérationnels, ce qui nous amène à 2028.
L’entretien se conclut par quelques mots sur la montée en puissance d’acteurs chinois, notamment CXMT, sur le marché de la DRAM. La réponse de Christopher Moore n’a guère d’intérêt ; il nous sert la soupe du « [Micron] accueille favorablement toute concurrence, puisque celle-ci l’oblige à devenir plus forte ».
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