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NVIDIA veut monétiser l’IA à tous les étages, pendant que Jensen Huang voit l’avenir en rose

Pendant longtemps, NVIDIA, ça a été l’inoffensive GeForce pour jouer à l’énième Call of Duty. Voire, chez les plus connaisseurs, la Tegra X1 faisant tourner Animal Crossing. Mais ça, c’était avant. L’entreprise avec la plus grosse capitalisation boursière au monde fait désormais l’essentiel de son beurre avec les accélérateurs pour les centres de données. Et elle compte bien monétiser, et surtout pérenniser, l’engouement pour l’intelligence artificielle via ses logiciels grâce auxquels les entreprises exploitent ses accélérateurs, gèrent leurs infrastructures et déploient des agents IA.

jensen huang

Dans le cadre de la GTC Berlin, Jensen Huang a évoqué un coût d’environ 2 000 dollars par GPU et par an pour les logiciels NVIDIA destinés à faire fonctionner ces agents dans les « usines à IA ».

La perspective de revenus récurrents

Le dirigeant a souligné que les licences logicielles prendraient une place croissante dans les activités de NVIDIA. À raison de 2 000 dollars par GPU et par an, un million de licences représenterait ainsi 2 milliards de dollars de revenus annuels. Avec cinq millions de GPU couverts, la somme atteint 10 milliards de dollars par an. Ou encore 50 milliards sur cinq ans si les abonnements sont maintenus.

Il s’agit toutefois de simples projections arithmétiques, et non d’objectifs annoncés par NVIDIA. D’ailleurs, les 2 000 dollars mentionnés par Jensen Huang ne constituent nullement une grille tarifaire officielle. Pour AI Enterprise, la suite logicielle destinée aux entreprises qui déploient des charges de travail d’IA, le tarif catalogue est plutôt de 4 500 dollars par GPU pour un abonnement d’un an, assistance comprise. Le montant mis sur la table par Huang est donc inférieur, mais rien n’indique qu’il parle des mêmes produits, ou simplement que ces propos couvrent les mêmes conditions de licence.

Ce qui est évident, c’est que cette déclaration (via TH) s’inscrit dans la stratégie de NVIDIA visant à vendre une infrastructure complète associant accélérateurs, réseau, systèmes et logiciels. Dans ce contexte, l’entreprise a présenté OpenShell, une architecture cadre pour l’exécution d’agents IA, le 21 octobre dernier.

DGX Spark pour l’IA domestique

Par ailleurs, Jensen Huang s’est exprimé sur l’IA domestique. Les propos et la situation sont rapportés par The Register. Interrogé sur la possibilité de faire tourner de grands modèles d’IA à domicile, le patron de NVIDIA a brandi un système DGX Spark et déclaré :

« Cet ordinateur embarque une puce appelée N1X, dotée de 128 Go de mémoire… Il coûte 4 000 dollars. Vous avez raison, c’est assez cher. Cependant, cet ordinateur a été conçu pour être connecté au réseau de votre domicile et héberger des agents utilisés par tous les membres de votre famille. C’est un peu comme un téléviseur : il est installé chez vous, partagé par tout le monde, et les agents de chacun fonctionneront sur le DGX Spark. […] Cet agent, vous savez, cet ordinateur deviendra en quelque sorte le robot de votre famille. Il n’a ni bras ni jambes, mais c’est un agent, donc on peut le considérer comme une sorte de robot. Et celui-ci est réservé à votre domicile. Voilà comment j’imagine l’avenir. C’est assez abordable. C’est un ordinateur personnel. »

Pour illustrer son propos, Jensen Huang a raconté une anecdote de circonstance. Son agent domestique aurait recherché les meilleures adresses de Berlin où déguster une escalope viennoise. Puis conçu une brochure illustrée présentant les restaurants et leurs menus afin d'aider l'homme à la veste en cuir à faire un choix résolumment cornélien.

L’IA, une menace pour l’humanité ?

L’individu a aussi réagi aux visions apocalyptiques proférées ces dernières semaines. Selon lui, ce sont des foutaises, des pièges à clics.

Il a insisté sur l’importance du récit : « Si nous ne décrivons pas un avenir auquel les gens aspirent à prendre part, nous ne pourrons pas les guider vers cet avenir. Nous devons décrire un avenir qui mérite d’être construit. Un avenir fondé non pas sur la peur, mais sur l’optimisme. Qui voudrait construire un avenir pire que celui d’aujourd’hui ? Nous n’avons pas besoin de travailler dur pour créer un avenir pire que le présent. Il suffit de laisser les choses suivre leur cours, n’est-ce pas ? Bien sûr, il faut continuer à se poser les questions difficiles concernant la sécurité et l’emploi. Mais il est important de ne pas inventer des scénarios. Affirmer que l’IA signera la fin de la civilisation humaine ne contribue pas à présenter un avenir optimiste. D’abord, ce n’est pas vrai. C’est une invention. Je sais que ça fait les gros titres. »

À propos de l’impact sur l’emploi, là encore, il a proposé un un discours alternatif, à contre-courant du catastrophisme : « Les ouvriers du bâtiment, les plombiers, les électriciens, les ingénieurs réseau : tous ces métiers formidables sont en train de se développer aux États-Unis. Je pense que l’IA a déjà créé un million d’emplois. Et si l’on regarde l’échelon supérieur, on voit toutes les start-up qui voient le jour. Cela stimule la productivité, augmente le PIB et accélère la croissance, ce qui nous rend aussi plus occupés. Mais c’est bien là l’essentiel : l’IA crée des emplois et, espérons-le, n’en supprime pas. »

Interrogé sur les pertes d’emploi déjà imputées à l’IA, dont témoignent les nombreux plans de licenciement relayés par-ci par-là, Jensen Huang a rétorqué que les évolutions technologiques avaient toujours supprimé certains postes tout en en créant d’autres. « Avec l’IA, bien sûr, certains emplois sont moins nécessaires qu’avant, ou peut-être moins intéressants. Dans le même temps, de nouveaux métiers, de nouvelles entreprises et de nouvelles activités deviennent nécessaires. C’est dans la nature des choses. »

Libre à chacun d’adhérer à cette vision utilitariste du présent et à celle d’un avenir qui chante. Nous supposons tout de même qu’avoir le compte en banque de Jensen Huang aide à garder un certain flegme face à la perspective des « pertes d’emploi ». Quant au fait que le patron de NVIDIA défende avec ferveur l’IA telle que nous la connaissons et en vante ses mérites, rien de bien inattendu.

Pour analyser factuellement ses propos, selon le Bureau des statistiques du travail américain, 584 000 emplois ont été créés aux États-Unis sur toute l’année 2025, contre 2,2 millions en 2024 et 3 millions en 2023. Nous saurons ce qu’il en sera d’ici quelques mois pour 2026. En attendant, les secteurs dans lesquels les emplois ont été majoritairement créés en 2025 ont été la santé, la restauration et les débits de boissons, ainsi que l'assistance sociale, pour rependre les termes du document précité.

Pour la France, la tendance est similaire. Selon l’INSEE, en 2025, il n’y a eu que 19 000 emplois crées, contre 118 000 en 2024 et plus de 228 000 en 2023.

Quant aux considérations eschatologiques, déterminer si Claude ou ChatGPT font peser une menace existentielle sur l’humanité selon des critères purement pragmatiques dépasse de loin de nos compétences.

Par contre, bien qu’elle n’intéresse à l’évidence pas grand monde, une COP 17 consacrée à la biodiversité se déroule actuellement à Erevan, en Arménie. Alors, si Jemporte nous autorise cette digression environnementale qui, promis, sera beaucoup moins longue que celle que nous avions consacrée aux forêts, rappelons que plusieurs études font état d’un recul considérable de la biomasse des insectes volants en Europe en quelques décennies (d’environ 80 % en 30 ans ; si vous voulez des sources, nous vous mettons deux études européennes, ici et là, et une américaine qui dresse le même constat là-bas). Or les animaux pollinisateurs contribuent à la reproduction de la grande majorité des plantes à fleurs, ainsi qu’à celle d’environ un tiers des cultures alimentaires. Ça, c’est indéniablement un réel motif d’inquiétude.

Après, cette extinction à vitesse grand V se déroule en silence. Loin des caméras, puisqu’elle est intrinsèquement invisible (les impacts — ceux qui n’avaient pas besoin de Jérôme de Carglass pour être colmatés — qui n’obstruent plus votre pare-brise les soirs d’été). Cela dit, bourdons et papillons, si vous lisez ce papier, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-mêmes : il fallait être moins inexpressifs et plus lucratifs. Vous semblez si fades en comparaison d’un Sam Altman bouche ouverte, yeux écarquillés et mine éberluée qui nous promet l’apocalypse pendant que les revenus annuels d’OpenAI dépassent les 50 milliards de dollars. En outre, votre contribution ne figure au bilan comptable d’aucune entreprise. En somme, il fallait bien que vous finissiez par payer votre inutilité.

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