Quel impact l’IA a-t-elle sur l’industrie créative ? |
————— 31 Mars 2026 à 18h00 —— 870 vues
Quel impact l’IA a-t-elle sur l’industrie créative ? |
————— 31 Mars 2026 à 18h00 —— 870 vues
Avoir un papier sur le Comptoir, c’est un privilège. En tout cas, c’est ce que nous avons déduit de l’insistance avec laquelle nous avons été sollicités pour publier l’enquête « Études et statistiques sur l’IA dans l’industrie créative en France [2026] » proposée par Adobe. En dépit d’un émetteur forcément partie prenante, le papier s’avère tout de même digne d’intérêt. Loin d’être purement marketing (conclusion mise à part), il agrège de nombreux rapports tels que le Baromètre du Numérique, l’enquête sur l’intelligence artificielle dans les entreprises réalisée par l’INSEE, ou encore le rapport TPE/PME 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr.
En outre, vous aviez apparemment apprécié l’article consacré à l’inquiétude que suscite l’IA générative chez les professionnels du jeu vidéo. Pour toutes ces raisons, nous avons estimé que mettre la force de diffusion du Comptoir — quelque 3,6 milliards de lecteurs mensuels, et encore, sur un mois creux comme février ! — afin de donner à cette étude d’Adobe l’exposition qu’elle mérite, pouvait se justifier.

Mortecouille, de l'Andy Warhol revisité © Reddit
Cette péroraison achevée et notre infatuation dissipée, la réalité nous a heurtés. L’étude est entièrement disponible dans un bon français. Elle est bien organisée, richement infographiée. Elle couvre de nombreux sujets, allant de la pénétration de l’IA dans le monde professionnel à son adoption dans la création musicale, en passant par les craintes qu’elle suscite et les vulnérabilités en matière de sécurité qu’elle fait peser. En dépit de cette profusion, l’ensemble n’est pas indigeste. Ainsi, en raison de cette diversité, la synthétiser serait davantage hasardeux qu’arbitraire ; la paraphraser, fastidieux, et sans bénéfice particulier. Ajoutez notre tendance à la flemmingite, et vous aboutissez à cet arrêt : le mieux est de s’en tenir au rôle de relais.
Pour vous donner envie de lire l’étude, vous y découvrirez notamment comment la progression de l’IA dans le monde professionnel reste conditionnée à la fois par le secteur d’activité et la taille des entreprises. Vous apprendrez que le marché français de l’IA générative est estimé à 467,5 millions de dollars en 2024, mais que sa croissance annuelle moyenne, évaluée à +18,5 %, doit l’amener à peser 2,5 milliards de dollars en 2033.

Dans un tout autre registre, celui de la création musicale, une étude de la SACEM–GEMA souligne que la musique électronique a le taux d’adoption de l’IA le plus élevé avec 54 % ; à l’autre bout du spectre, ce taux est inférieur à 33 % pour la musique classique. L’étude révèle également que 34 % de l’ensemble des titres livrés sur la plateforme Deezer sont entièrement générés par l’IA (Deezer/IPSOS, 2025).
Ici, nous apportons un complément. Il y a deux jours, la chaîne YouTube du Monde a partagé une vidéo qui détaille comment l’IA est en train de bouleverser les plateformes de streaming musical. Un membre de Deezer évoque « désormais 39 % de la part de ce qui est livré quotidiennement » comme étant généré par IA sur la plateforme. Ce contingent représente en pratique entre 50 000 et 60 000 morceaux par jour.
Il n’y a rien sur les jeux vidéo — reste l’étude de la GDC susmentionnée — mais glissons quelques mots sur le dernier tohu-bohu en date. Il concernait Crimson Desert de Pearl Abyss. Cette affirmation est purement déclarative, mais dans la section consacrée au contenu généré par IA, le studio se targue, comme beaucoup d’autres, de ne recourir à l’intelligence artificielle générative que dans la pré-création de certains éléments. Il assure les passer systématiquement au tamis des équipes artistiques et de développement avant leur intégration dans le jeu. Hélas, les tableaux qui décorent certains lieux s'étaient glissés entre les mailles de ce filet.

Nouvelle créature mythologique ou simple mutation radioactive ?
Le studio a toutefois rapidement réagi. Il a remplacé les loufoqueries générées par l’IA.
AI art in Crimson Desert has been removed and replaced with human drawn art, making collecting paintings actually worth it now
— Synth Potato???? (@SynthPotato) March 29, 2026
Here's the exact same painting, before and after the update, no more yellow slop: pic.twitter.com/74bzFQTlLu
Quoi qu'il en soit, au-delà du cas particulier de Crimson Desert, ceux qui ont fait de ce combat leur nouveau cheval de bataille risquent d’être bien démunis le jour où il ne sera plus possible de distinguer aussi facilement création humaine et création générative. Pour eux, c’est donc une lutte bien vaine et perdue d’avance. Quant à la contrition, feinte, des éditeurs, elle relève d’une belle hypocrisie au regard des diminutions d’effectifs qui touchent déjà de nombreuses structures. Cela étant, les éditeurs doivent aussi composer avec les exigences de rentabilité imposées par leurs actionnaires et autres fonds de placement.
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â | |
| Â |